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« Ce fut au printemps 1835 qu’unvif désir me prit de voir l’Italie. » Ainsi commence « Octavie », le texte le plus étrange des Filles dufeu. À Marseille, il fait la connaissance d’une jeune Anglaise, véritable «fille des eaux », qu’il retrouve à Naples. Leopardi y est lui-même arrivéen octobre 1833, cherchant refuge à une terriblemaladie nerveuse auprès de son ami Ranieri – aussi fraternel que le sera Gautierpour Nerval.
C’est ainsi que les deux grandsgénies romantiques se retrouvent en même temps à l’ombre du Vésuve, tous deuxerrants dans la ville, livrés à leurs démons. Une nuit, Nerval se sent attiré par les falaises du Pausilippe, d’oùil tente deux fois de s’élancer dans le vide.
Dans les sublimes poèmes des Chimères,la nuit de Naples, où le Vésuve s’est « rouvert », sera métamor-phoséedans la lumière surnaturelle de l’écriture : au bord du « Pausilippe altier», la suprême tentation sera ainsi évoquée : « J’'ai deux fois vainqueurtraversé l'Achéron ». De même, c’est sur les flancs funèbres du volcan queLeopardi écrit son plus génial poème, « La Ginestra » où la nature se révèle tellequ’en elle-même, indifférente à l’homme, en une paradoxale sérénité.
« N’y a-t-il pas quelque chose deraisonnable à tirer même des folies ! » écrivait Nerval. Dans l’excessive sensibilité qui mènent Nervalet Leopardi au bord du gouffre, une sagesse souveraine apparaît face au bonsens mercantile des modernes : « Les ruines de Paris seront des amas deplâtre, de lattes et de moellons. […] Là vivaient des hordes sauvages, qui se construisaient des huttes deboue et de craie pétrie. »